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« Accusée de blasphème, Asia Bibi souffre, depuis bientôt 10 ans »

« Accusée de blasphème, Asia Bibi souffre, depuis bientôt 10 ans »

9 ans. C’est le nombre d’années qu’Asia Bibi a passé en détention puis dans le couloir de la mort, pour un soi-disant blasphème – ce qu’elle a toujours nié. C’est aussi l’âge qu’avait sa fille, Eisham, quand elle a vu une foule en colère battre sa mère, en juin 2009. L’AED l’a rencontrée samedi 13 octobre, à Londres, accompagnée de son père, Ashiq Masih.

« Nous avons vu Asia Bibi lundi 1er octobre, avant de venir au Royaume-Uni. Elle va bien […]. Accusée de blasphème, elle souffre, sa famille souffre, depuis bientôt 10 ans. Mais par la grâce de Dieu, elle sera libérée très bientôt », a confié son époux, Ashiq Masih à l’AED, samedi 13 octobre, à Londres.

Invités au Royaume-Uni par l’AED, Ashiq et Eisham Masih ont accepté de venir partager l’histoire de leur épouse et mère. « Asia Bibi est en prison depuis presque 10 ans maintenant, rappelle Ashiq. C’est terrible pour un époux, pour un enfant. Nous sommes actuellement ici pour témoigner, pour porter la voix d’Asia Bibi, accusée à tort d’avoir blasphémé. Elle m’a chargé de vous demander de vous souvenir d’elle, dans vos prières, pour qu’elle soit libérée très rapidement. » Accusée d’avoir « insulté » le prophète Mahomet lors d’une altercation avec deux femmes musulmanes de son village qui avaient refusé de boire de l’eau dans un verre qu’elle venait d’utiliser, Asia Bibi est la première femme à avoir été condamnée à mort au titre de la loi anti-blasphème au Pakistan.

Une fidélité inébranlable

Alors que la Cour suprême, dernier espoir judiciaire d’Asia Bibi, a indiqué lundi 8 octobre « réserver sa décision pour le moment », les proches d’Asia Bibi se montrent, veulent se montrer, résolument optimistes. « Nous croyons que les juges de la Cour Suprême vont se prononcer en faveur d’Asia Bibi », affirment-ils. Une conviction qui repose sur un solide dossier juridique et sur l’espérance bouleversante de cette famille qui confie « tir[er] sa force du Seigneur Jésus-Christ, qui écoute ceux qui souffrent ».

Les raisons de désespérer seraient pourtant nombreuses pour cette famille obligée de vivre cachée, en République islamique du Pakistan, où le blasphème constitue un sujet extrêmement sensible. De simples allégations de blasphème s’y terminent régulièrement par des lynchages et les chrétiens, minorité persécutée, sont fréquemment visés.

Depuis lundi 8 octobre, les fondamentalistes exigent de la Cour suprême l’exécution de la sentence prononcée en première et seconde instance à l’encontre d’Asia Bibi : la mort, par pendaison. Sur les réseaux sociaux, c’est un déchainement de violence : « Si vous libérez Asia Bibi, préparez-vous à d’autres Mumtaz Qatris », peut-on lire. De sinistre mémoire, Mumtaz Qadri, pendu en 2016, avait assassiné Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, le 4 janvier 2011, car celui-ci avait publiquement pris la défense d’Asia Bibi et critiqué la loi anti-blasphème. Introduite par les Britanniques, lorsque l’empire britannique des Indes s’étendait à l’actuel Pakistan (1858-1947), cette législation controversée punit le blasphème de la peine de mort depuis 1986, sous la dictature du général Zia-ul-Haq (1977-1988).

« Nous ne pourrons pas rester au Pakistan »

Lucide, Ashiq reconnait d’ailleurs que « Tout le monde a peur, tout le monde fait l’objet de menaces. Les partisans d’Asia Bibi, ses avocats, ses juges ». Pourtant, on le sent fier de vivre au Pakistan, parmi les musulmans, qui représentent près de 96% de la population. D’ailleurs, « ceux-ci ne sont pas tous favorables à l’exécution d’Asia Bibi, affirme-t-il. Nombreux sont ceux qui pensent que nous sommes en détresse. Mais les extrémistes, les organisations fondamentalistes sont eux aussi nombreux. » Nombreux, et extrêmement vindicatifs, comme le souligne le père Emmanuel Yousaf, président de la Commission Justice et Paix de la conférence épiscopale pakistanaise.

Aussi, c’est à contre-cœur qu’Ashiq reconnait que sa famille ne pourra pas rester au Pakistan. Et s’il ne révèle pas le lieu de leur exil, il fait à nouveau confiance à la Providence. « Dieu prendra soin d’Asia Bibi et de sa famille ; il nous fournira un lieu paisible, qu’Il aura choisi ». Un lieu paisible d’où sa fille, Eisham, entend bien poursuivre des études en droit, afin de devenir avocate. Et venir ainsi en aide aux plus démunis, accusés de blasphème, qui n’ont pas les moyens de se défendre.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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