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France : Politique en France / France : Société

A propos des principes non “négociables”

Analyse intéressante d'un religieux qui sait laisser les laïcs en tirer en conscience les conclusions :

"Quelques réflexions autour de l'idée de "négociation" en politique

Dans le cours d’une négociation, l’affirmation selon laquelle « un bien n’est pas négociable » traduit soit la volonté de l’un des protagonistes de « ne pas céder », soit l’incapacité d’un des protagonistes à engager ce bien dans une négociation, parce qu’il n’a pas la compétence ou l’autorité requise, ou encore parce que le bien en question échappe à toute tractation possible.

Dans le premier cas, la délimitation de ce qui est négociable (ou non) relève du négociateur lui-même : il détermine librement les limites dans lesquelles il entend conduire la discussion en se réservant le droit de la rompre s’il devait arriver que son interlocuteur l’entraîne là où il ne voudrait pas aller. Autrement dit, il « pose ses conditions », il « pose ses exigences ». La force des exigences en question tient moins à leur nature propre qu’à la détermination de celui qui les pose : quand bien même elles auraient pour elles toutes sortes de raisons, elles tiennent leur robustesse de la volonté de celui qui entend « ne rien abandonner sur ce terrain-là ». D’une certaine manière, le fait même d’affirmer, dans ce cas, que telle ou telle chose « n’est pas négociable » revient à confesser que dans le fond, cette chose est, précisément, négociable : refuser de négocier, c’est tout autre chose que de confesser une incapacité à négocier. Opposer à son interlocuteur un refus de discuter, c’est tout autre chose que de chercher à éclairer le fait qu’une négociation ne peut se développer que sur un horizon partagé qui, par nature, échappe à la négociation.

Dans une Note doctrinale publiée en 2002 « concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique », la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a mis en exergue la nécessité, pour nos sociétés démocratiques, de reconnaître les « fondements vrais et solides » dont la vie démocratique a besoin : 

[…] la vie démocratique [a] besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques qui, en raison de leur nature et de leur rôle de fondement de la vie sociale, ne sont pas « négociables ». (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002), La Documentation Catholique, 2 février 2003, no 2285, p. 130 s)

Il faut remarquer ici les guillemets dont s’entoure ici, dans le texte publié par la Congrégation, l’adjectif « négociables ». Il est probable que le terme ainsi mis en exergue ne doit pas être compris dans son sens littéral ou habituel. En effet, la même Note suggère explicitement que le mode de participation des chrétiens catholiques à la vie politique n’a pas à être pensé sous le mode de la négociation, de la tractation, de la confrontation ou du marchandage, mais sous le mode de l’éclairage et de l’éducation des consciences :

Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l’Église n’entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d’opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire – conformément à sa mission – éduquer et éclairer la conscience des fidèles, surtout de ceux qui se consacrent à la vie politique, afin que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun. (Ibid.)

L’enjeu est donc moins de « peser » dans un débat politique que d’en éclairer les termes. Il s’agit moins pour les catholiques de se constituer en lobby que d’être serviteurs du bien commun. Ce n’est que de manière très incidente que l’engagement des catholiques dans la vie politique peut prendre un tour plus conflictuel.

Il ne faut pas oublier que, lorsque les Églises et les communautés ecclésiales interviennent dans le débat public, en exprimant des réserves ou en rappelant certains principes, cela ne constitue pas une forme d’intolérance ou une interférence, car ces interventions ne visent qu’à éclairer les consciences, en les rendant capables d’agir de manière libre et responsable, conformément aux exigences véritables de la justice même si cela peut entrer en conflit avec des situations de pouvoir et d’intérêt personnel. (Benoît XVI, Discours aux participants du congrès promu par le Parti Populaire Européen (30 mars 2006), La Documentation Catholique, 4 juin 2006, no 2359, p. 526 s.)

Il en va des « principes non négociables » comme des « titres non négociables » ou des « actifs non négociables » dans le monde de la finance. Rien ne sert de veiller à ce qu’ils ne soient pas bradés : ils sont inaliénables. Rien ne pourra jamais faire que certaines exigences éthiques fondamentales cessent de s’exercer, en particulier pour ce qui touche à la protection et la promotion de la dignité de la personne : l’exigence éthique du respect de la vie et de la dignité de la personne humaine appartient de manière irrévocable à notre patrimoine moral".

Les principes non-négociables n’ont jamais été si attaqués. Aidez le Salon beige à contre-attaquer et à promouvoir la culture de vie !

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14 commentaires

  1. Imaginons un seul instant que pour un catholique, le sort des juifs eut été négociable

  2. Sans prétendre vouloir l’imposer j’en tire la conclusion que l’on ne peut voter pour un candidat qui ne tient pas compte de l’ensemble des points non négociables.
    Il est vrai que pour nous pauvres électeurs, la question se pose de façon différente qu’elle ne se pose pour les candidats, c’est pourquoi je ne fais pas de mon opinion une norme morale. Mais je ne peux, en ma conscience éclairée par la doctrine de l’Eglise, donner mon soutien à un candidat qui méprise les points fondamentaux en jeu, points fondamentaux qui concernent l’humanité dans sa survie sur la terre. C’est pourquoi, je voterai “blanc”.

  3. Belle analyse intellectuelle mais dont les limites sont historiquement visibles: quid de l’engagement passé de tant de catholiques a priori sincères dans le parti communiste par exemple, ou surtout de l’acquiescement tacite, de fait, à la loi Veil à l’origine d’un “droit” non négociable pour 10/10 candidats? L’avantage de cette optique non moralisatrice est de laisser un choix ouvert, en conscience , pour le meilleur service du bien commun, au risque de se tromper en toute bonne foi…

  4. @ Denis MERLIN
    Vous n’avez pas lu la suite de ce texte, original et en effet très éclairant à plus d’un titre, particulièrement sur l’attitude à adopter entre indifférence polie ou se voulant ”utile” ^d’un côté, et ”militantisme outragé”, ”claquage de porte” et ”anathème” de l’autre côté (le votre par le vote blanc ?), selon l’expression de l’auteur de ce texte :
    “Tous les chrétiens engagés dans la vie politique des démocraties occidentales sont confrontés, un jour ou l’autre, à l’expression d’un point de vue qui heurte de plein fouet tel ou tel principe éthique fondamental et inaliénable. Dans ces circonstances, le hurlement outragé (au nom, peut-être, d’une atteinte intolérable aux « principes non négociables ») et le silence complice sont deux options extrêmes qui se rejoignent en une commune stérilité. Si un des principes que le Magistère catholique identifie comme non « négociable » est mis en cause ou ignoré, il revient aux chrétiens d’éclairer patiemment ce qui peut l’être et de témoigner de ce qu’ils croient profondément raisonnable. Ce faisant, ils honoreront ce qui doit être honoré bien mieux qu’en dénonçant l’aliénation de ce qui, dans le fond, ne peut être aliéné.
    Quitter la table des discussions et claquer la porte en lançant des anathèmes : autant d’attitudes qui font partie du jeu habituel des négociations politiques et commerciales, autant d’attitudes qui donnent à penser que précisément, le « non négociable » n’est qu’un effet de positionnement. Bien des revendications syndicales par exemple se sont drapées de ce « non négociable » qui, en soi, n’impressionne guère.
    Pour celui qui croit vraiment que la raison humaine est naturellement capable de parvenir à une certaine intelligence des exigences éthiques fondamentales, pour celui qui croit qu’il est de première importance d’honorer ces exigences, il ne peut être question d’entrer dans le jeu d’un militantisme outragé. Bien au contraire : les exigences de la loi naturelle seront d’autant mieux honorées qu’il se trouvera, jusque dans les rangs des partis et des associations où sont exprimés des points de vue contraires aux principes éthiques fondamentaux, des chrétiens capables de défendre en raison, avec une ferme assurance et une grande patience, la nécessité de protéger et promouvoir la dignité de la personne humaine.
    Le fait qu’on ne puisse renoncer à certaines exigences éthiques fondamentales – au sens d’une incapacité à renoncer à ces exigences – fonde un devoir à participer à la vie politique de nos démocraties, pour promouvoir, dans les principaux partis politiques comme dans les grandes associations, le respect de la dignité humaine. Il est probable que ce devoir de participation, quant à lui, n’est pas soumis au respect a priori de principes « non négociables ».

  5. Ce que ne dit pas le religieux, probablement parce que pour lui, cela coule de source, car il connaît aussi et apprécie surement, par exemple le grand Saint “politique”: Saint-François de Sales, c’est que les ampoules de “l’éclairage”, si vous me permettez cette métaphore, ce sont la charité et aussi sans doute la miséricorde.
    Et c’est bien pour cela que bien des chemins demeurent possibles pour “éclairer” le choix politique.
    Il s’agit bien ici de l’application du moyen “d’éclairer” (la DSE) , donc de la dimension sociale , du débat d’idées, et non pas du choix personnel qui n’engage au final que soi-même même si on le propose, fût-ce avec conviction, au partage , voire plus politiquement , à l’adhésion.
    C’est en cela aussi que la théorie peu enthousiasmante en effet “du moindre mal” n’est pas nécessairement applicable ou pertinente : ce n’est pas parce que l’on choisit finalement une solution qui ne “colle” pas parfaitement à la DSE , ou plus simplement à la loi naturelle, qu’elle ne constituerait pas pour autant l’embryon respectable de la solution aux problèmes posés dont la gravité exige des mesures urgentes minimum, des contre-feux, permettant au moins justement d’infléchir les mauvaises directions ,de poser le débat envers et contre le déferlement et la jonction actuelle peut-être bientôt définitive des matérialismes totalisants du siècle dernier, comme disent les sociologues et ,par là totalitaires.
    Car si l’union nationale si souvent invoquée de manière allégorique dans cette campagne devrait en effet idéalement se réaliser pour sortir notre pays du bourbier dans lequel il s’enfonce , il semble pour le moins hasardeux et assurément fort peu “éclairant” de commencer par favoriser l’exclusion des uns ou des autres, à commencer par ceux qui n’ont pas de responsabilité directe dans l’état actuel des choses.
    Et si il y a des votes même qui n’exprimeraient, selon quelque expert,que le “désespoir”, il n’est pas interdit de les exprimer solidairement , cela aussi peut être un chemin de l’Espérance.

  6. À l’attention de “tonio”
    J’ai peut-être mal lu, mais j’arrive à la conclusion inverse de la vôtre, concernant le pseudo-droit issu de la loi Veil.
    Sur ce point non négociable pour nous, il y aura des évolutions, et tôt ou tard les mentalités changeront. À chacun son style d’intervention, certains sont plutôt Josué et ses trompettes, d’autres procèdent de manière plus discrète pour provoquer des lézardes. Il me semble évident que ce mur est destiné à se fissurer, peut-être plus tôt qu’on ne pourrait l’imaginer.

  7. désolé, je ne trouve pas ce texte très édifiant. les seuls points qui tiennent la route sont ceux évoqués par le Catéchisme et Benoit XVI. les commentaires sont stériles – négociables, non-négociables etc. : comme il est précisé incidemment, il ne s’agit pas de négociation – ou iréniques – la lutte pour le pouvoir politique ne se fait pas dans un environnement où la raison et la bonne volonté comptent.

  8. Cher monsieur PG,
    Le bon Père ne présente son opinion que comme probable. Il ne milite, quant à lui, à ma connaissance dans aucun parti, ni dans une association. Avec des raisonnements comme le sien, je pourrais voter Sarkozy puisqu’il a parmi ses soutiens l’inénarrable madame Boutin.
    D’autre part, il semble oublier que “comparaison n’est pas raison”. Je ne claque pas la porte. Je demande qu’à l’avenir au moins un candidat confesse les points non-négociables. Je le dis et j’en fais une condition sine qua non de mon vote. Mais je ne me désintéresse pas de mes semblables, c’est pourquoi par le vote blanc, j’exprime ainsi ma protestation et mes revendications. Je condamne en revanche l’attitude de ceux qui croient que parce qu’ils ont récité leur chapelet quotidien, fait leur retraite de cinq jours et assisté à dix messes par semaines sont dispensés de s’intéresser à l’humanité damnée, forcément damnée.
    Je le fais conformément à la consigne du Pape
    « Ai-je trouvé la joie? Non […]. J’ai trouvé ma joie. Et c’est terriblement autre chose […]. La joie de Jésus peut être personnelle. Elle peut appartenir à un seul homme, et il est sauvé. Il est en paix […] pour maintenant et pour toujours, mais seul. Cette solitude de joie ne l’inquiète pas, au contraire: il est l’élu. Dans sa béatitude, il traverse les batailles une rose à la main » (10) Citation de Jean Giono extraite de Spe Salvi 13.
    http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20071130_spe-salvi_fr.html#_ftnref10
    Contrairement à ce que semble craindre le bon Père, je ne claque pas la porte, je témoigne pour mes sœurs et mes frères.
    C’est pourquoi, je salue votre engagement et votre dévouement au bien public, mais je ne peux être d’accord, en conscience avec les choix qui sont les vôtres. Mais je respecte vos choix, cependant.

  9. Si je comprends bien – mais je ne comprends certainement pas – les principes ne sont pas négociables, mais la manière de les introduire ou réintroduire dans la vie publique, l’est….. Me voilà éclairé !
    Ça n’est pas pour me déplaire. Je n’avais pas l’intention de m’abstenir. Suivez mon bulletin de vote.

  10. Demain, pour ceux qui votent blanc, n’oublie pas d’imprimer le texte de 3 PNN et de
    mettre dans l’enveloppe bleue (prévu à la mairie)
    une fois dans l’isoloir, barrez “république” sur l’enveloppe bleue avant de voter …

  11. Revenons sur terre où nous nous trouvons encore et où il nous faut demain voter. Ceux qui prônent l’abstention ou le vote blanc me font penser à ceux qui “ont des oreilles mais n’entendent pas, des yeux et ne voient pas” et même, dans un autre registre, “des mains propres mais ils n’ont pas de mains”!
    La bataille qu’il nous est demandé de livrer est celle du vote; c’est une bataille ridiculement insignifiante en apparence mais c’est celle qui nous est demandé de livrer demain. Soyons humbles mais efficaces:battons-nous en votant MLP et Dieu nous donnera peut-être la victoire.
    Nous aurons ainsi préparé le terrain pour nos prochaines batailles..

  12. Après avoir lu les programmes et écouté les candidats ces dernières semaines, il y a au moins une chose de sûre : voter blanc, c’est favoriser l’élection de F. Hollande.
    Que tous ceux qui s’apprètent à voter blanc, parce qu’aucun candidat n’est assez “pur” à leurs yeux, prennent l’engagement moral de n’exprimer aucune critique pendant 5 ans sur toutes les mesures que la gauche prendra : euthanasie, mariage homosexuel, adoption par les couples homosexuels, remise en cause de la politique familiale, éducation au gender, etc…
    En effet, en refusant de prendre parti, quitte à choisir “le moindre mal”, ils auront perdu toute autorité pour défendre les valeurs chrétiennes, et n’auront que leurs yeux pour pleurer, mais il sera trop tard…
    Hélène
    [Les réflexions ici ne sa basent pas sur la radio et autres médias, mais la doctrine sociale de l’Église. Élevons le débat.
    JL]

  13. @ Denis Merlin
    Je respecte votre non choix : faute de supprimer la loi qui tue 220 000 êtres humains à naître/ an, vous préférez ne pas soutenir une candidature dont les propositions, si elles étaient appliquées, entraineraient comme c’est la cas aux USA, une forte diminution de ce chiffre affreux, mais démontreraient également qu’aller plus loin vers le moindre mal est bénéfique et ne correspond pas à la propagande féministe et socialisante à ce sujet.
    Vous préférez un bien théorique à un moindre mal concret (qui malheureusement a meême ainsi peu de chances d’être appliqué….).
    Je respecte votre motivation profonde, dont je comprend qu’elle est inspirée par de justes principes, mais je ne peux approuver en tant que catholique l’application que vous en faites.
    C’est ce découplage entre le moteur des principes et le véhicule que vous utilisez que je ne comprends pas.

  14. Voter, ne pas voter… le jeu démocratique est forcément une source de pleurs futurs.
    Le choix doit être éclairé au mieux, certes mais l’expérience nous montre qu’eût-il été effectué de façon aléatoire dans le passé qu’il n’eût rien changé pour nous, catholiques. Nos bons évêques sont incapables de rassembler le vote catholique par leurs instructions (et non leurs injonctions) centrées sur une doctrine cohérente, à l’instar du Cal. Dolan, pour fournir au candidat voulant s’en réclamer une base efficace à son action politique. Je sais bien qu’il y jouerait sa peau (de même que Marine dans l’instant où elle franchirait le perron de l’Élisée) mais la Providence veille et “pas un de nos cheveux…”

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