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Bioéthique

A l’occasion du « grand débat avec les intellectuels », la démolition de la bioéthique française continue de se préparer

A l’occasion du « grand débat avec les intellectuels », la démolition de la bioéthique française continue de se préparer

Irène Théry est sociologue. Elle occupe la chaire de Sociologie de l’institution familialeà l’EHESS, spécialisée dans la sociologie du droit, de la famille et de la vie privée. Elle a publié un livre intitulé Mariage et filiation pour tous (sans doute un peu comme : le droit à la 4G pour tous) et animé un colloque international certainement inoubliable intitulé : « La personne et les catégories de genre en Polynésie ». La classe !

Lors de la séance de radio-évangélisation de 8h de rang entre le Président Macron et les « intellectuels » à l’Elysée, le 18 mars, Mme Théry occupait une place de choix : à la droite du Président Macron lui-même et à côté du ministre de l’Education nationale Blanquer. Le top !

Considérant son influence manifeste, il paraît important de donner le verbatim de l’ensemble de son intervention de soutien à toutes les transgressions prévues par le rapporteur de la commission de révision de la loi de bioéthique  ainsi que le verbatim de la réponse présidentielle personnalisée (pour ceux qui voudraient retrouver ces propos, intervention à 21h52 sur France Culture).

Intervention d’Irène Théry qui part du constat du décalage de l’examen du projet de loi de bioéthique :

« Le sentiment de beaucoup de nos concitoyens, c’est qu’il y a un malaise dans ces reculs et pas seulement des calculs d’opportunité politique ou d’encombrement parlementaire.

Alors, je voudrais qu’on parle un peu de ce malaise. On a le sentiment qu’il y a en France un traumatisme de la période de la Manif pour tous, qui a été un moment très difficile pour le pays et qui a été paradoxalement pour les homosexuels de France l’année la pire de leur vie. Alors même que nous étions en train collectivement de les intégrer au cœur de nos institutions. Donc, ce paradoxe, il n’a jamais vraiment été discuté jusqu’au bout. Et tout se pense comme si les politiques étaient un peu dans la sidération que ça recommence.

Et donc, je pense qu’il y a un problème derrière ça et qu’il y a un problème très profond dont je voudrais dire deux mots.

C’est simplement, pour moi : ce qui est en train de se passer sur le mariage, sur la filiation, sur les transformations de la parenté, participe d’une nouvelle donne qui concerne les sexes et les sexualités. Cette nouvelle donne est la traduction dans le lien social de cette immense révolution humaine qui est la révolution de l’égalité des sexes. L’égalité des sexes, ce n’est pas simplement plus de droits pour les femmes, plus d’opportunités pour les femmes dans une prospective comparative qui est indispensable mais qui n’est pas suffisante. C’est aussi une nouvelle règle du jeu dans sa dimension sexuée pour les rapports entre les hommes et les femmes, entre les femmes et entre les hommes.

Et nous venons de très loin. Jusqu’à présent, toutes les sociétés humaines ont vécu sur un principe de lien par la complémentarité hiérarchique. Louis Dumont nous l’a appris, la hiérarchie ce n’est pas la même chose que l’égalité, c’est l’enveloppement de la valeur contraire (NDLR : ???). C’était la façon de se lier, un monde masculin, un monde féminin ; une excellence masculine, une excellence féminine. Il faut comprendre pourquoi c’était si important. Pour comprendre pourquoi aujourd’hui, au fur et à mesure que nous avançons dans cette immense révolution de l’égalité des sexes, il y a du désarroi.

Parce que l’ancienne règle du jeu, elle devient de plus en plus obsolète et la nouvelle règle du jeu, c’est quoi les valeurs fondamentales ? Hein, pas seulement l’égalité, c’est quoi la valeur fondamentale du lien de couple ? du lien de filiation ? C’est comment on se repère en matière de civilité sexuelle ? Il y a désarroi et ce désarroi créa des mouvements, d’abord des mouvements contre-révolutionnaires, qui ne sont pas simplement des résistances, mais des mouvements opposés, et des crispations identitaires qui font que ces questions peuvent embraser la planète. Comme elles ont embrasé à leur niveau un peu la France il y a quelques années.

Et donc je suis partie de cette question pour dire une chose : nous avons un devoir maintenant qui est de passer d’une approche comparative à une approche relationnelle de l’égalité des sexes. D’énoncer clairement quelles sont nos valeurs, nos valeurs progressistes, de les défendre comme nous aurions pu, je pense, et dû le faire et davantage au moment du mariage pour tous, en expliquant de façon beaucoup plus pédagogique à nos concitoyens et à nous-mêmes pourquoi ce qui était impensable autrefois avait pu paraître pensable ; pourquoi il était le cœur du mariage d’être l’union d’un homme et d’une femme et pourquoi ça pouvait changer. Pourquoi c’était mieux. Et nous étions fiers d’une société qui veut intégrer le lien homosexuel au lieu de le renvoyer du côté de la pathologie ; et cela nous ne l’avons pas fait.

Et je pense que par rapport aux nouvelles générations, je regrette d’apparaître comme la génération qui a renoncé à évoquer publiquement les valeurs qui pourtant nous animent tous ; qui font que dans les familles on se lève le matin ; qui font qu’on est fier de soi ; qui font que ceux qui ont entouré ces changements sont fiers de les avoir menés.

Nous devons avoir un discours positif et ne plus penser que c’est une façon de revenir à une sorte de modèle unique. Non, un discours sur les valeurs communes qui transcendent nos différences et qui fassent face aux contestations qu’il y a sur ces sujets, où l’Occident est parfois pointé du doigt comme le lieu de l’immoralité ; le lieu dans lequel les femmes ne sont plus respectées et caetera. Nous défendions fièrement cette évolution et cette révolution.

Donc, commençons par fièrement défendre la rénovation des lois de bioéthiques ; voilà, nous avons des valeurs fortes à défendre. Nous devons changer par rapport à notre système habituel de mensonge par exemple. Nous devons défendre les familles issues du don. Ce sont des familles qui ont une place au soleil. J’aurais beaucoup trop de choses à dire. »

Mme Théry réussit un tour de force assez commun aux progressistes : à huit reprises, elle emploie le mot « valeurs », elle indique même qu’il FAUT les énoncer, mais jamais elles ne sont définies ! Par contre, le peuple étant bête, il faut être plus «pédagogique ». Il est certain que ce qu’elle dit est difficile à comprendre. Un homme, une femme, un père, une mère, un enfant : pas besoin de pédagogie ; ça se comprend tout seul. Mais  à quoi servirait alors un intellectuel de gauche ?

Et bien, comme le décrit très bien Roger Scruton (L’Erreur et l’Orgueil, l’Artilleur ; entretien dans Valeurs actuelles du 21 mars), l’intellectuel de gauche est là pour servir son ego :

« le point de vue de gauche ne tient aucun compte des vrais êtres humains ni de leurs motivations.Il y a une coloration fantaisiste dans tous les écrits de gauche, qui ne concernent pas le monde réel des êtres humains imparfaits et faillibles, mais l’intellectuel de gauche dans sa lutte héroïque. Le but de cette lutte est d’abolir les êtres humains et de les remplacer par quelque chose de meilleur. Ce nouveau type humain reconnaîtra alors l’intellectuel de gauche comme prophète et sauveur ».

Et comme le dit si bien Mme Théry, elle-même sera « fière ».

Réponse d’E.Macron à ces propos :

« De mon côté, il n’y a pas de malaise. On ne pourra pas dire qu’il n’y a pas eu de débat dans la société. Je constate que certains de ces débats ne se sont pas apaisés pour les raisons que vous évoquez… Pour moi, la décision est là, le Premier ministre a annoncé le calendrier qui est celui du gouvernement, qui est celui de juin.

Et après, ça n’enlèvera pas tout du malaise. Ca n’enlèvera pas tout de ce que cela bouscule mais ces mois sont un véritable acquis sur la capacité qu’on aura à ce que ces changements soient acceptés y compris pour les grands perdants de ces changements ».

En conséquence, si le projet de loi envisagé est voté (le Président indique bien que le débat n’est pas apaisé uniquement pour les raisons soulevées par Mme Théry…), les enfants nés sans père du fait de la loi accepteront plus tard beaucoup plus facilement cette situation en sachant que M.Macron a néanmoins organisé un grand débat. Parole de Macron.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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