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L'Eglise : L'Eglise en France

3 cœurs d’évêques fêtent Marie et Joseph

3 cœurs d’évêques fêtent Marie et Joseph

Un article d’Antoine Bordier :

Le 8 décembre l’Eglise fête habituellement l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Mais cette année, exceptionnellement, Saint Joseph est aussi à l’honneur. Il y a 150 ans, le Pape Pie IX le proclamait Patron de l’Eglise Universelle. Autre anniversaire, celui de l’ouverture du Concile Vatican I avec sa déclaration sur « l’infaillibilité pontificale ». Enfin, aux alentours du 8 décembre 1720, la tempête sanitaire déclenchée par la peste qui ravageait les côtes françaises de la Méditerranée, se calme. Interviews croisées de trois évêques en fête 

Monseigneur Emmanuel Lafont, Mgr Dominique Rey, Mgr Nicolas Souchu, comment allez-vous ? Avez-vous été touchés par la Covid-19 ? Comment vos fidèles ont-ils vécu cette atteinte à leur liberté de culte ?

Mgr Emmanuel Lafont, évêque émérite de Guyane : La Guyane a été durement frappée, non pas davantage par la Covid-19, qui a touché un peu moins de 12 000 personnes et fait 70 victimes, mais par un confinement de six mois en raison du décalage de la pandémie par rapport à la métropole. Les fidèles ont beaucoup souffert dans l’attente de célébrer de nouveau. Grâce à Dieu, les choses reprennent. Dans leur ensemble, les Guyanais font face avec courage, mais beaucoup ont faim. La pauvreté a augmenté. Les services publics et sociaux ont multiplié les interventions vers les familles en souffrance sans parvenir à les rejoindre toutes. Il y a trois fois plus de chômeurs qu’en métropole. Les nombreux étrangers en situation irrégulière sont les plus touchés. Ce sont des êtres humains comme les autres.

Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon : Pour ma part, j’ai été touché par la Covid-19. Mais cela a pris l’apparence d’une grippette. Je n’avais plus d’odorat. Et, j’ai été très fatigué pendant une à deux semaines. Grâce à Dieu, je suis de nouveau sur le terrain. Sur la question de la liberté, l’Eglise a dû se battre. L’Etat a voulu limiter nos libertés les plus essentielles. Il y a eu, véritablement, de l’autoritarisme de sa part. Certes, le christianisme n’a plus la même influence que dans les années 60, 70 et 80, où l’on voyait les gouvernements reculer devant les manifestations de chrétiens défendant leurs droits les plus élémentaires (comme pour l’Ecole Libre, en 1984). Rappelons-nous, aussi, ce que disait Fourquet : « La fabrique de christianisme est en panne ». Les élites de la nation n’ont plus de culture religieuse. Priver les catholiques de célébrations, de Messes, c’est nier que c’est à travers le sacrifice de Jésus que vit l’Eglise. C’est le Corps de Jésus qui crée l’Eglise, la communauté. Du côté des fidèles, effectivement, il y a de la souffrance, de la solitude. Nous avons dû modifier nos actions pastorales pour nous rapprocher de chacun, via notre chaîne YouTube, et, notre réseau La Traversée qui recense à ce jour 37 337 personnes. Il y a une vraie soif spirituelle. Et, nous avons fait des maraudes. J’en ai fait moi-même. Je suis allé visiter des personnes en grandes difficultés à Draguignan.

Mgr Nicolas Souchu, évêque d’Aire et Dax : Comme tous les diocèses nous vivons notre foi dans le contexte de lutte contre la pandémie de la Covid-19. Lors du premier confinement le Sud-Ouest de la France n’a pratiquement pas été touché, ce qui n’a pas été le cas lors de ce second confinement. Mais la vie et la vie chrétienne, en particulier, continue. Par exemple, les services diocésains ont organisé des temps de prière en ligne. Les paroisses sont très actives, aussi, pour rester en contact avec les paroissiens. On sent bien une impatience et un mécontentement devant ce qui est ou non autorisé, et, devant certaines incohérences de décisions prises. L’inquiétude grandit surtout au point de vue économique, car la crise risque d’être longue et forte. Il nous faudra alors redoubler de charité et vivre la fraternité, et, l’amitié sociale suivant le sous-titre de la dernière encyclique du Pape François : Fratelli Tutti.

L’Eglise fête l’Immaculée Conception, ce 8 décembre. Cette année, en raison des décisions du Conseil d’Etat demandant au gouvernement de revoir sa copie, et, de permettre que la liberté de culte soit, finalement, effective, même si elle est restreinte, comment allez-vous vous organiser ? Les catholiques vont-ils être jaugés pour vivre en toute liberté cette fête ?

Mgr Rey : Nous avions déjà proposé des jauges acceptables. Le chiffre de 30 était surréaliste, et, de l’ordre du mépris. Nous espérons que de nouvelles avancées, permettant au plus grand nombre de fidèles de participer aux célébrations eucharistiques, seront faites. Avec la jauge actuelle, c’est moins de 30% de nos églises qui vont être remplies. Cette jauge devrait doubler.

Mgr Souchu : Cette année, cette solennité tombe un mardi. Il n’y aura donc pas de difficultés pour que les fidèles participent à la Messe. Souvent ce sont les membres des Equipes Notre-Dame qui viennent ce jour-là puisque c’est leur fête, mais parfois ils repoussent ce moment au dimanche qui suit. A l’appel de l’administrateur apostolique de Lyon, Mgr Dubost, nous avons proposé aux fidèles de déposer une bougie à leur fenêtre ce soir-là. C’est un signe de lumière dans les ténèbres que nous traversons actuellement. Mais ce n’est pas suffisant.

Mgr Lafont : Evêque émérite, je suis retiré dans un petit village de la forêt, à Camopi. Les Guyanais ont une très grande dévotion envers Notre-Dame qu’ils appellent « Maman Marie ». Quelle que soit la manière, ils lui font, habituellement, une très belle fête.

Quelles sont les origines de cette fête de l’Immaculée Conception ? Il est étonnant qu’elle soit d’abord passée par les mains des hommes, et, de l’Eglise, avant d’être prononcée par le Ciel, lors des apparitions de Lourdes, en 1858.  Quel est le message exactement ?

Mgr Souchu : Souvent lorsqu’un dogme est proclamé, il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à la foi catholique, mais d’acter ce qui est célébré dans la foi. L’Immaculée Conception nous rappelle que la Vierge Marie a tout connu à l’avance (ce qui n’est pas notre cas) : son immaculée conception correspond à notre baptême, son assomption à notre résurrection à la fin des temps. Ce qui est formidable, c’est que le dogme de l’Immaculée Conception a été proclamé en 1854. Et dès 1858, la Vierge Marie se présente à Bernadette comme l’Immaculée Conception. Ce message montre bien que l’Eglise ne s’est pas trompée en proclamant ce dogme.

Mgr Lafont : Le message est simple : Dieu ne pouvait pas concevoir que la mère de son fils soit marquée par le péché. Marie a donc été préservée de la tâche du péché originel, qui nous atteint tous. Elle a été conçue sainte et immaculée, « par une grâce qui venait déjà de la mort de son Fils ».

Elle est la première rachetée par le sang de Jésus.  Il n’est pas étonnant que le peuple ait senti cela avant les déclarations officielles. Le peuple, dans son ensemble, qui a reçu l’Esprit Saint, ne peut pas se tromper sur la foi. Nous appelons cela le « sens de la foi ». Quand le pape s’exprime de façon infaillible, c’est parce qu’il exprime la foi de toute l’Église.

Mgr Rey : C’est d’abord l’Eglise d’Orient, dès les premiers siècles, qui honore l’état de grâces permanent et originel de Marie. Elle n’a pas commis de péché. A vue humaine, c’est impossible. Quand on regarde plus près de nous, en Italie, à Rome, la Basilique Sainte-Marie-Majeure a été construite entre le 4è et 5è siècle. Elle est, déjà, une proclamation de l’Immaculée Conception. Le concile d’Ephèse, en 431, l’a déclaré « Mère de Dieu ». A travers elle, Marie nous entraîne sur le chemin de la grâce et de la miséricorde.

Cette année l’Eglise fête aussi Saint Joseph, Patron de l’Eglise Universelle. Joseph était-il le grand oublié de l’Eglise ? Qu’a voulu proclamer le pape Pie IX, le 8 décembre 1870 ?

Mgr Lafont : St Joseph a tenu un rôle essentiel dans la vie et l’éducation de Jésus. Avec Marie, il a appris à Jésus à connaître et à prier son Père du Ciel. St Joseph est un grand modèle. Comme l’écrit le Bienheureux Pie IX dans son Décret Quemadmodum Deus, du 8 décembre : « [Dieu] l’établit seigneur et prince de sa maison et de ses biens ; il commit à sa garde ses plus riches trésors. En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph le vit, mais il conversa avec lui, il le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le pain de l’éternelle vie ».

Mgr Souchu : La dévotion à Saint Joseph a été plus tardive que celle envers la Vierge Marie. Epoux de Marie et père adoptif de Jésus, il est bien placé pour intercéder pour l’Eglise. Depuis, Saint Jean XXIII a fait ajouter le nom de Saint Joseph dans le canon romain (première prière eucharistique) et récemment il a été ajouté aux autres prières eucharistiques.

Mgr Rey : Saint Joseph reste toujours dans l’ombre. Le pape Pie IX en le proclamant Patron de l’Eglise Universelle fait de lui un défenseur de l’Eglise. Il est, aussi, un modèle à suivre. C’est le pape François qui a demandé que Saint Joseph soit présent dans toutes les prières eucharistiques. Dans notre diocèse, à Cotignac, la Sainte Famille est apparue au 16è et 17è. Nous en avons parlé avec le Pape. Il m’a encouragé à faire connaître davantage ce sanctuaire.

Le 8 décembre 1869 s’ouvrait le premier concile du Vatican, Vatican I. Pourquoi ce nom ? Et de quoi a-t-il été question ?

Mgr Souchu : Le dernier concile avant celui de Vatican I avait été le concile de Trente au 16ème siècle. Depuis il y a eu le siècle des lumières, les grandes découvertes, la révolution française, la révolution industrielle et le pape a pensé qu’il était bon de réfléchir au mystère de l’Eglise après toutes ces évolutions. Le concile devait donc réfléchir sur l’Eglise. A l’époque, on avait une vision pyramidale de l’Eglise : on a donc commencé par le haut, c’est-à-dire le pape (d’où le dogme de l’infaillibilité pontificale), mais on n’a pas pu aller plus loin à cause des Prussiens aux portes de Rome. Ce concile est donc un concile inachevé. Les conciles ont toujours porté le nom du lieu où ils se réunissent. De fait en 1870, c’était la première fois qu’un concile se réunissait au Vatican, d’où le nom de Vatican I. Le concile Vatican II, 100 ans plus tard, poursuivra l’œuvre inachevée de ce concile.

Mgr Lafont : Le concile, avant qu’il ne soit interrompu, s’est occupé des questions graves de la relation entre la foi et la raison et de la structure hiérarchique de l’Église. Donnons une définition simple de l’infaillibilité pontificale : le pape, lorsqu’il définit de façon solennelle la foi de l’Église, ne peut pas se tromper.

Mgr Rey : Parfois on met l’infaillibilité pontificale à toutes les sauces. Elle porte sur un seul sujet : celui du Magistère de l’Eglise. C’est-à-dire de la discipline des sacrements, de la doctrine de la foi. Elle ne porte pas sur l’humain, sur le caractère, sur le médiatique, sur les positions personnelles. C’est important de le rappeler, car, parfois, elle est critiquée.

Au sujet de la Covid-19, est-ce que cette pandémie ne vous rappelle pas celle de la peste de 1720, qui a frappé toute la Provence, et, une partie de la France ? Déjà à l’époque les attestations de déplacement existaient. Les quarantaines aussi.

Mgr Rey : Oui, cette peste de 1720 a frappé principalement le sud-est de la France. Je me suis plongé dans son histoire, après avoir vu de très belles représentations picturales. La peste est arrivée à Marseille en mai 1720 par le Grand Saint-Antoine, un bateau qui était de retour d’Orient. Puis, elle s’est diffusée rapidement. Elle a touché, en tout, ¼ de la population. Elle a été très meurtrière, en très peu de temps : en six mois il y a eu 30 000 morts. Cette nouvelle pandémie qui nous frappe, aujourd’hui, met en exergue notre fragilité. Nous paniquons alors que nous avons des moyens médicaux, techniques et scientifiques qui n’existaient pas à l’époque. Cet effet panique s’explique parce que nous sommes dans une culture de la toute-puissance. Finalement, cette culture est mortifère. Elle nous détourne de Dieu. Alors qu’il nous faut revenir à Lui.

Mgr Lafont : Au cours de l’histoire, il y a eu beaucoup d’épidémies. La grippe espagnole, en 1918-1920, fit entre 50 et 100 millions de morts. Là où je vis maintenant, à Camopi (1 800 habitants), il y a plus de 400 personnes infectées par la Covid-19. Aucune n’est décédée. Mais en Guyane le virus court toujours.

Mgr Souchu : Les périodes de pandémie dans l’histoire ont toujours constitué des épreuves. La différence avec le 18èmesiècle, c’est que la médecine a fait d’énormes progrès et on se croyait invulnérables. Mais nous constatons à quel point ce n’est pas le cas !! 

Pour conclure, parlons des fêtes de fin d’année et de vos raisons d’espérer. Comment allez-vous fêter Noël ?

Mgr Lafont : Mes raisons d’espérer sont d’abord la confiance en Dieu : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? « Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour le juger mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jean 3,17). Elle se fonde aussi sur toutes les personnes de bonne volonté. Retiré à Camopi, ma seule mission, comme Jésus, est de manifester ici l’amour du Père qui veut que tous soient sauvés et parviennent à la vérité (cf. 1 Timothée 2,4).

Mgr Rey : Je vais fêter Noël à la cathédrale de Toulon. C’est la fête de l’Enfant-Roi, de la Sainte Famille. C’est la fête de l’Espérance. Cette espérance dont parlent la petite Thérèse et Charles Péguy. L’Espérance, c’est ce Petit Enfant qui nait dans cette étable, et, qui repose entouré de l’amour de ses parents, dans une pauvre mangeoire. C’est l’avènement de la famille. Avec Noël, nous passons de la Trinité du Ciel à la Trinité de la terre. C’est pour cela que tout part de la famille. Il faut protéger ce trésor qu’est la famille. Noël, c’est la fête de la famille par excellence.

Mgr Souchu : Oui, nous allons fêter Noël !! Sans doute avec moins de magie, de sapins, de cadeaux, de pères Noël, et, c’est tant mieux ! Si cela était une occasion pour les Chrétiens de témoigner du vrai sens de Noël ce serait formidable. Pour approcher de l’Enfant-Dieu il n’y a pas de gestes barrières, ni de distanciation sociale ! Dieu se démasque en son Fils, il nous montre son vrai visage. Le thème de l’année pastorale dans le diocèse d’Aire et Dax est : Va, le Seigneur est avec toi !C’est à la fois un envoi et une assurance. A Noël, Jésus est également appelé : Emmanuel, Dieu avec nous. Cela rejoint bien notre thème d’année qui nous invite à nous recentrer sur l’essentiel : le Christ. C’est ainsi que l’on devient disciple-missionnaire.

Interview croisée réalisée par Antoine BORDIER

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