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Histoire du christianisme

13 juillet 1914 – « nous ne sommes ni défendus, ni gouvernés »

13 juillet 1914 – nous ne sommes plus qu’à quelques jours de la catastrophe que tout le monde pressent sans en connaître encore l’heure exacte et le Sénat discute du projet de loi [1] concernant les dépenses non renouvelables de la défense nationale. Pour être clair, une loi de programmation militaire de crise face au péril allemand imminent après des années de budgets militaires copieusement rabotés ou tout simplement amputés dans des proportions sidérantes.

Le rapporteur de la commission de l’armée, monsieur Charles Humbert se livre à une revue de détail qui révèle au grand jour l’état d’impréparation dans lequel se trouve l’armée et la marine tant au niveau des matériels (de l’outillage comme on disait à l’époque) que de la préparation opérationnelle. Cet état des lieux qui plonge les sénateurs dans la stupeur et l’indignation, semble donner raison à la méprisante boutade du chancelier allemand prononcée au Reichstag en avril 1913 : « En illusion, la France a déjà remporté la victoire ».

En cause selon monsieur Humbert : « l’instabilité ministérielle, l’organisation vicieuse des services de l’administration centrale, la répugnance pour les responsabilités, l’impossibilité de tout contrôle sérieux venant du dehors ». Bref, la faute aux armées, incapable de gérer correctement leurs ressources !

S’ensuit la riposte cinglante du ministre de la guerre, monsieur Messimy, qui ne manque pas de rappeler  les amputations budgétaires dont son ministère a fait l’objet et qui surtout établit un bilan comparatif accablant des dépenses militaires de la France et de l’Allemagne entre 1903 et 1912. Qu’on en juge :

– 1903 : 31 millions pour la France, 130 millions pour l’Allemagne

– 1904 : 32 millions pour la France, 130 millions pour l’Allemagne

Et ainsi de suite jusqu’en 1912 : 135 millions pour la France contre 216 millions pour l’Allemagne.

Ce dérisoire et tragique face à face « tu ne sais pas gérer – tu ne m’as pas donné assez d’argent », autrement dit, cette absence complète de vision stratégique à long terme se paiera au prix fort, objet de toutes nos commémorations : le prix du sang dans des proportions jamais atteintes. La montée aux extrêmes, entrevue par Clausewitz, devient réalité.

Au cours de cette séance dramatique, Clémenceau s’écriera « la vérité, c’est que nous ne sommes ni défendus, ni gouvernés ! » puissent nos gouvernants et le peuple français tirer les leçons de ce 13 juillet 1914 !


[1] Journal officiel du 14 juillet 1914 : Sénat séance ordinaire – compte-rendu in extenso de la 67e séance – séance du lundi 13 juillet. Point n°21. Consultable sur internet sur le site officiel du Sénat

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