Si Sens Commun ne comprend pas que tout est affaire de rapports de force en politique, l’échec sera complet

Lu dans Présent :

"Ils sont les seuls à avoir tenu dans la tempête, à rester contre vents et marées aux côtés de François Fillon, le candidat qu’ils avaient contribué à faire élire lors de la primaire de la droite et du centre. Mais la loyauté n’est décidément pas une qualité que l’on récompense en politique…

Depuis deux jours et au terme d’une campagne volée aux électeurs soucieux de discuter de l’état de la France, Sens Commun anime tous les débats médiatiques, et toujours pour le pire.

Alain Juppé a annoncé qu’il serait dans l’opposition si François Fillon gouvernait avec Sens Commun, parce que le candidat a eu le malheur d’affirmer qu’il « pourrait » prendre des membres de Sens Commun dans son gouvernement. Rien n’était pourtant fait avec une promesse pareille et le renversement idéologique complet peu probable… Mais le courageux Sarthois s’est pourtant empressé de rappeler mercredi après-midi qu’il n’avait « pas la même sensibilité » que le mouvement. Beau retour d’ascenseur dans l’adversité.

Il est quand même exceptionnel que les dizaines de circonscriptions accordées à l’UDI au lendemain de sa trahison n’aient choqué personne et qu’une éventuelle place accordée à un mouvement issu d’un phénomène incontournable et massif de la droite française contemporaine fasse couler tant d’encre, jusque parmi les cadres même des Républicains… Avec des amis pareils, l’électeur conservateur a de quoi s’inquiéter.

Mais cela montre autre chose : quel que soit le degré de respectabilité que l’on cherchera à incarner, la diabolisation sera toujours la même. Sens Commun n’a jamais eu un mot de travers, ses cadres n’ont jamais cherché – et c’est peu de le dire – à prendre une place trop importante au sein du parti. Leur participation à la campagne est docile et sans vague : un soutien inconditionnel au candidat Fillon sans l’ombre d’une exigence étalée sur la place publique. Le résultat est le même que pour d’autres plus radicaux ou moins souples : l’infréquentabilité décernée par la bien-pensance unanime.

Parce que le débat d’idées n’existe plus et que ceux qui voulaient interdire d’interdire hier se sont octroyé la vocation de censurer chaque discours divergent.

Et le mouvement issu de la Manif pour tous de s’empresser de publier un communiqué pour calmer le jeu médiatique, dans lequel ses cadres réaffirment leur attachement aux valeurs du parti et de la République. Ça semble ne vouloir rien dire, mais l’acte de soumission est limpide.

Si Sens Commun ne comprend pas aujourd’hui que tout est affaire de rapports de force en politique, l’échec sera complet."

Laisser un commentaire