Elections : Lettre à mes filles sur la boite noire de l’économie 4/5

BN 4:5(Suite de Partie 1/5 : Marché, concurrence et morale, ici en lien), de la Partie 2/5 : Hors de la com, l’économie réelle aurait du potentiel, ici en lien, et de Partie 3/5 L’eugénisme marchand concentrent les folies humaines, ici en lien)

Partie 4/5 L’amnésie du réel et le «compromat» méthodologique

L’amnésie économique face au réel est profondément ancrée dans des fondements institutionnels dogmatiques, des habitudes et des positions acquises : une bonne quarantaine d’économistes médiatisés assurent chaque cinq ans, l’impossibilité de faire autrement l’économie. Les media les présentent comme des forces de loi, alors que ces spécialistes n’ont ni argument, ni penchant pour s’intéresser à l’activité économique réelle d’un pays.

Et même, par esprit de contradiction malvenu, s'ils voulaient s’intéresser au réel, ce ne serait pour eux, pas "porteur" professionnellement… L’activité économique réelle appartient à un étage de l’économie qui n’intéresse que quelques personnes… un espace de «has beens». C’est du moins ce que les media et leur sphère tentent de nous faire croire. 

A un moment de l’histoire économique, ces activités réelles de l’économie pouvaient être identifiées, à ce qu’on a appelé la «meso-économie», sorte d’entre-deux entre la micro-économie et la macro-économie. Ces dernières, considérées comme les plus nobles de la discipline ont eu la docilité, assez paradoxale, de se laisser rassembler pour former un corpus complet. Dans cette construction théorique de la convergence, -nommée approche standard de l’économie-, automatiquement «l’économie du milieu» a été oubliée, comme écrasée dans l’insignifiance…

Le réel a été placé hors du cadre des recherches, de l’analyse, des rapports, des travaux d’experts ; mais pourtant les activités réelles sont déterminantes pour la vie des êtres humains. On peut comprendre ainsi comment les métriques des vivants et des économistes différent aussi radicalement. Les uns sont dans le réel, ses chocs, ses incertitudes et ses chaos et les autres sont dans le plat, le lisse, le rationnel, parfaitement prévisible (ou supposé l’être). Le monde de l’incompréhension a été ouvert comme la boîte de Pandore, tandis que la boîte noire de l’économie se refermait pour longtemps.

A une autre échelle, si on écoute les professionnels, ils parlent de leur business, de ce qu’ils produisent et comment, de ce qu’ils échangent et vendent, de ce qu’ils construisent… Et de ça l’économie contemporaine proprement dite, celle qui se lit dans les signaux et des indices financiers, n’en a rien à faire. Pourtant il importe aux experts financiers, qui œuvrent dans cette économie, d’influencer les comportements et les avis des acteurs de l’économie réelle, de manipuler les tendances en guidant les orientations sur des conventions de principe de bon management, «globalisation friendly». Il s’agit d’un travail d’influence pour promouvoir un «pseudo bon sens» qui n’est pas celui du réel mais seulement celui de la croyance. Les économistes et les experts sont devenus des hommes de marketing et de PR (public relation).

En matière entrepreneuriale, depuis plusieurs décennies, une telle position de marketing s'affirme toujours plus. Le concept de la «shareholder value» est défendu dans le monde des affaires, à partir de la convention que le business doit s’efforcer de favoriser la «liberté» des individus en rendant plus riche l’actionnaire pour l’inciter à prêter.

Aucun argument différent voire complémentaire de gestion, d’investissement, de personnel, de survie de la boîte, n’est supérieur à ce principe de gestion financière de l’entreprise. La gestion financière prime sur l’investissement, la recherche, le savoir-faire, le patrimoine, le savoir… l’identité et la vie même de l’entreprise. Ainsi se sont défaits, sous des apparences rationnelles, des empires industriels pourtant prospères et prometteurs.

Dans cet environnement mental, l’entreprise n’est qu’une entité administrative et juridique passagère ; le fait que s’y concentration des savoirs, des expériences et d’autres richesses collectives d’une communauté n’attire en rien l’attention, parce que tous ces éléments ne sont pas des actifs marchandisables. Les détruire n’a pas d’importance monétaire car il n’y a en soi pas de perte de valeur de se priver de quelque chose dont la valeur n’est considérée que comme étant nulle…parce qu’aucun marché ne la régit!

La logique marchande réduit, détruit et elle ne reconstruira jamais ce qu’elle a détruit. L’humain et l’entreprises sont fragiles face au marché dont le court-termisme les broie. Laisser le dernier mot à cette logique prédatrice dans une frénésie de Casino revient à détruire pas à pas tous les ressorts des activités économiques réelles, les gens et les territoires.

La conception théorique qui a prévalu pour signifier la fin de l’histoire en économie, a été tirée par la microéconomie et elle a piraté toutes autres substances de l’analyse économique ; il n’est plus resté un seul espace pour des considérations sociales comme aussi nationales. L’individu-marchandise a été mis en avant comme la seule perspective structurante de l’activité économique: un individu interchangeable, remplaçable par une machine ou un zombie si l’occasion se présente… L’horizon perçu a été ainsi aplati à l’image de cette économie théorique qui cherche à imposer au réel son moule.

Le «compromat» méthodologique, -mot que j’emprunte à la langue russe pour décrire un compromis faussé, destiné à faire du tors autour de lui, en organisant compromission et mensonge-, montre ses limites, ses failles et ses dangers à chaque niveau de l’activité économique. Pour les entreprises, maintenir un savoir-faire, comme aussi accroître les capacités productives par les savoirs et la vertElections : Lettre à mes filles sur la boite noire de l'économie 4/5

A suivre , Partie 5/5 Drames des territoires, drames humains et folies prédatrice mais espoir.

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